La bonne idée n'existe pas

Les Kréatifs #19

Nouhad Hamam

Bonjour, je m’appelle Nouhad Hamam, je suis un consultant et formateur certifié en créativité et innovation. Ma vocation est de rendre les entreprises et les personnes plus créatives.

“Une idée qui n'est pas dangereuse ne mérite pas d'être appelée une idée.” - Oscar Wilde, écrivain et poète irlandais

Mon chemin de la créativité

Les Kréatifs évoluent à nouveau, vers un format de newsletter plus pragmatique et consacré à vous dévoiler les secrets de la créativité et à vous munir d’outils puissants de résolution de problèmes et d’idéation.

Mes projets professionnels évoluent aussi. J’ai posé ma démission dans le cabinet de conseil en innovation & marketing dans lequel j’ai travaillé pendant près de 4 ans. Après quelques années à me consacrer à la créativité les matins, soirs et week-end, en écrivant sur la créativité, en suivant des formations et certifications et en intervenant à des événements et ateliers ici et là, j’ai décidé de faire de la créativité, des idées et de l’innovation mon activité professionnelle principale, en tant que consultant et formateur indépendant.

Je profite de cette newsletter pour prendre contact avec vous et vous proposer mes services. Vous ou votre entreprise serait-elle intéressée par une intervention en lien avec la créativité ? Avez-vous par exemple des problématiques difficiles à résoudre qui pourraient faire l’objet d’une session de créativité ? Avez-vous envie de développer votre propre créativité ou celle de vos équipes en vous formant à la pensée créative ? Avez-vous envie d’innover : dans vos offres, dans vos processus, dans vos communications, dans vos livrables ? Je serais ravi que vous m’accordiez 30 minutes, physiquement à Paris ou par téléphone, pour vous présenter mes prestations.

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La leçon de créativité | La bonne idée n’existe pas

Quand un ami ou un collègue nous présente pour la première fois une idée naissante, qu’il s’agisse d’un petit ou d’un grand projet ambitieux comme une startup ou un nouveau produit, nous avons souvent deux réactions possibles : soit immédiatement nous l’encourageons en lui disant à un moment ou un autre que “c’est une bonne idée”, soit immédiatement, tous les dangers et les inconvénients de cette idée nous viennent à l’esprit et nous le lui exprimons en démarrant notre phrase par “oui, mais…” - si nous n’esquivons pas le sujet de peur de le froisser.

Si vous avez jugé d’emblée que c’était une “bonne idée”, il y a de fortes chances pour que l’idée que la personne vous ait soumis soit très consensuelle et finalement pas si nouvelle que ça.

Paradoxalement, la bonne idée se trouve parfois dans le deuxième cas de figure, même si en apparence tout peut désigner le contraire.

“Toutes les bonnes idées commencent par être mauvaises.” - Luc de Brabandère, écrivain, philosophe, partner au BCG, et spécialiste de la créativité.

Une bonne idée à l’état d’idée n’existe pas. La bonne idée n’est bonne qu’a posteriori. Une fois qu’elle a été secouée, combinée, détaillée, testée, prototypée ou même qu’elle a fait ses preuves.

Connaissez-vous Pathfinder ? Il s’agit de la sonde exploratrice de la NASA qui s’est posée sur Mars en 1997. Elle est connue notamment pour son système d’atterrissage d’un nouveau genre. La sonde était entourée de gros ballons de sorte que lors de la dernière phase d’atterrissage, une fois le parachute lâché, elle rebondisse sur le sol martien. Ce système à la fois beaucoup moins coûteux que les précédents et beaucoup plus sûr était une révolution. Imaginez-vous la personne à l’origine de cette idée en réunion : “Hey, j’ai une idée les gars, on va mettre des ballons autour de la sonde !”. Une sonde à 150 millions de dollars…

Je suis fasciné par la NASA depuis longtemps. Adolescent, j’étais subjugué par les images de l’espace qu’elle captait grâce à ses télescopes et je suivais avec attention tous ses programmes d’exploration du système solaire. Je suis aujourd’hui convaincu qu’il s’agit d’une des organisations du monde parmi les plus créatives. Elle est à l’initiative d’inventions spectaculaires de l’exploration spatiale comme Pathfinder mais aussi d’innovations précieuses et quotidiennes dont on se sert régulièrement : le thermomètre intra-auriculaire, les micro-caméras de nos smartphones, les matériaux à mémoire de forme, les verres anti-rayures, la pompe à insuline, les filtres à eau, etc.

Comment réagir face à quelqu’un qui vous présente une nouvelle idée naissante ? Je vous propose deux méthodes inspirées de la NASA.

Les chercheurs et ingénieurs de cette organisation y ont pour principe culturel de toujours commencer par évaluer les potentiels et les bénéfices d’une première idée, ce qui force à résister au jugement négatif facile. Ils remplacent le “oui mais…” par “oui et…”. Au lieu de réagir par un sourire ou une remarque méprisante face à l’idées des ballons autour de la sonde Pathfinder, ou encore au lieu d’une réaction plus argumentée de type : “Oui, mais des ballons c’est trop risqué et pas assez résistant aux chocs, et de toute manière, on ne peut pas se permettre de prendre des risques avec un projet à 150M$, tu comprends ?”, j’imagine que la réaction réelle a dû ressembler à : “oui, on pourrait envisager d’accrocher des ballons à la sonde Pathfinder, ce serait sans doute moins coûteux que les systèmes actuels et ça permettrait de bien protéger les instruments de mesure qui sont sensibles aux vibrations”.

J’ai eu le privilège de travailler un an à la NASA en 2007, dans un laboratoire de recherche spécialisé dans l’infrarouge qui se trouve sur le campus de Caltech, à Los Angeles. Mon supérieur, un ponte dans son domaine, qui m’a d’ailleurs accueilli le premier jour avec les pieds sur la table, n’a jamais jugé une seule fois mes idées. Il me répondait toujours : “cool, teste ton idée et on verra bien ce que ça donne”. Ensuite, il prenait toujours le temps de réfléchir aux moyens à sa disposition pour m’aider à creuser et à tester mon idée.

Je ne vous invite pas à faire une négation dogmatique des inconvénients et des difficultés liées à une idée - car une idée grandit toujours par la résolution des craintes et obstacles - mais plutôt à différer un peu le jugement, surtout négatif et donc castrateur, et d’insuffler une dynamique propice à la créativité en traitant chaque idée naissante comme un être fragile qui vient d’être mis au monde.


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Un biais cognitif anti-créativité | Les effets de fixation

Visualisez une brique rouge de construction, celle dont se servent les maçons. Maintenant, prenez quelques secondes pour imaginer des utilisations possibles de cet objet qui soient créatives. Les premières idées insolites qui viennent à l’esprit de ceux à qui je soumet cet exercice sont généralement de l’utiliser comme arme, comme cale-porte ou comme presse-papier.

Pourtant, il y a beaucoup plus créatif. Avez-vous pensé à broyer la brique pour essayer de l’utiliser comme pigment de peinture ou à le découper en 4 morceaux pour rehausser une table ?

Rares sont les personnes qui pensent à ces dernières idées en très peu de temps. Si ces idées ne vous sont pas venues à l’esprit, vous avez été victime d’un biais cognitif persistent : l’effet de fixation. Un biais cognitif est une distorsion cognitive dans le traitement d'une information. Ce biais en question vous limite à restreindre un objet à sa fonction, à sa forme ou sa catégorie la plus courante.

Dans le cas de l’exercice de la brique rouge, vous avez été victime de l’effet de fixation d’état. Votre cerveau a restreint les possibilités d’utilisation de la brique à son état entier, vous privant d’envisager de modifier son état comme de le broyer, de le creuser ou de le couper.

L’effet de fixation le plus connu est l’effet de fixation de fonction, appelé aussi “fixation fonctionnelle” - “functional fixedness” en anglais - un terme inventé par le psychologue Karl Duncker dans une oeuvre posthume publiée en 1945. Ce biais cognitif est celui qui nous empêche d’entrevoir une boîte d’allumettes autrement que comme une boîte de rangement dans le fameux test du “Candle problem”, mis au point justement par Duncker.

Si je vous demande de concevoir un dispositif permettant de lâcher un œuf à 10 mètres de haut sans qu’il ne se casse, c’est l’effet de fixation de catégorie qui vous limite dans les hypothèses de départ. Qui a dit qu’il s’agissait d’un œuf de poule, et non d’un œuf d’autruche ou un œuf de lump ? Ce dernier serait suffisamment élastique et léger pour supporter une chute de 10 mètres de haut sans dispositif particulier.

Pour quelles raisons notre cerveau, pourtant capable de prouesses d’apprentissage ou de réflexion, est-il en proie à ces effets de fixation ? Notre matière grise, dont l’objectif primitif et primordial est la survie, a privilégié la rapidité de prise de décision à l’entrevue de toutes les possibilités. En situation de danger immédiat, il vaut mieux voir un gros bâton dans la nature comme une arme de défense que d’entrevoir toutes les possibilités que ce bâton offre comme un objet à sculpter ou encore à creuser pour en faire un instrument.

Les effets de fixation nous freinent dans notre créativité. Comment peut-on éviter de tomber dans ces pièges cognitifs ? Tout d’abord, en prenant le temps de se poser plein de questions sur le problème ou le défi de départ, avant même d’essayer de chercher une solution. Qui a dit que l’œuf ne pouvait pas être cuit ? Et si on évidait la brique pour en faire un pot de fleurs ou de crayons ? Une autre technique efficace pour éviter ce biais cognitif est de prendre le temps de regarder le sujet - la brique rouge dans l’exemple de départ - sous tous les angles, sous toutes ses formes, et dans tous ses états. Et si vous visualisiez la brique posée sur sa surface la plus petite, autrement dit “debout”, quelles nouvelles idées d’utilisations possibles vous viennent à l’esprit ?

Et si vous congeliez l’œuf de poule ?


Un outil de créativité | La méthode PPCO

Le PPCO (Plus, Potentiels, Craintes, Options pour lever ces craintes) est une méthode servant à évaluer et à étoffer une idée, appelée “solution”. Cette méthode a peut-être l’air banale en apparence, mais si les instructions que je décris ci-dessous sont appliquées rigoureusement, elle vous permettra de prendre beaucoup de recul sur votre idée et vous aidera à l’améliorer considérablement.

Il s’agit de diviser l’espace - un mur, un tableau ou une grande feuille - en 4 zones : les “Plus”, les “Potentiels”, les “Craintes” et les “Options”.

La zone des “Plus” correspond à tous les points forts de l’idée. Chaque point fort doit être formulé en commençant par “Ce que j’aime dans cette solution, c’est qu’elle…”. Exemple en référence au cas de la NASA que je citais dans la leçon de la créativité ci-avant : “ce que j’aime avec les solutions des ballons autour de la sonde, c’est qu’elle paraît peu coûteuse”.

La zone des “Potentiels” correspond à tous les bénéfices spéculatifs de la solution. Chaque potentiel être formulé en commençant par “Cette solution permettrait a priori de…”. Exemple : “cette solution permettrait a priori de protéger les instruments de mesure délicats des chocs de l’atterrissage”.

La zone des “Craintes” correspond à tous les inconvénients qu’on entrevoit dans la solution. Chaque crainte doit reformulée sous la forme d’une question constructive “Comment faire en sorte que…”. Exemple : “comment faire en sorte que les ballons n’explosent pas dès le premier choc, surtout si la sonde rebondit sur un rocher pointu ?”

La zone des “Options” est dédiée à un brainstorm de toutes les idées qu’on peut avoir pour lever les craintes précédentes. Chaque option doit reformulée en commençant par : “On pourrait…”. Exemple : “on pourrait mettre deux couches de ballons autour de la sonde pour se prémunir des rochers pointus.”

Je me sers très souvent de cette méthode, que j’ai apprise à l’International Center for Studies in Creativity de Buffalo, USA.


Bonus créativité | La conférence de John Cleese de 1991 (en anglais)

John Cleese, un des cofondateurs des Monty Python, a fait un speech remarquable sur la créativité en 1991 qui n’a pas pris une ride selon moi. Cette vidéo de 37 minutes, qui mêle références scientifiques, humour et histoires personnelles, décortique les conditions nécessaires à l’expression de la créativité, vous présente quelques méthodes comme la pensée latérale de De Bono et termine avec une touche caustique. Je vous conseille de visionner la vidéo jusqu’à la fin.


Qu’est-ce qui vous a plus inspiré dans cette newsletter ?

Et par ailleurs, quelles questions vous posez-vous sur la créativité ? J’y répondrai dans la prochaine newsletter.


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